Réflexions sur l’automobile

Automobile
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Et si l’on devait revenir au temps où l’on ne sortait que rarement de son propre village ? Ce n’est pas si vieux, un siècle tout au plus. C’est l’arrivée du chemin de fer qui va décloisonner les territoires.

Puis l’automobile.

Qui n’a pas rêvé devant une voiture, une seule fois dans sa vie ? Elle nous a sorti de notre isolement. On lui doit beaucoup. Elle est quand même sacrément utile, elle peut tout faire, nous emmener partout. Elle évoque le voyage, les vacances… Ou de manière plus pragmatique, elle nous emmène au travail ou au supermarché. Elle est au cœur de notre civilisation actuelle, elle en est le rouage essentiel et le fluidifiant pour permettre d’atteindre la sacro-sainte croissance.

Mais on a bien vite oublié sa fragilité : sa dépendance. L’automobile s’intègre dans le grand système complexe de la mobilité où son omniprésence a fait oublier qu’elle dépendait d’un élément sans lequel rien n’est possible : l’énergie.  Et son énergie, c’est désormais son point faible après avoir longtemps été un atout. Le pétrole fut si abondant et a un tel pouvoir calorifique que rien ne semblait pouvoir menacer l’automobile.

 

Crédits : Don Farrall

La fin du pétrole bon marché va-t-elle sonner le glas de son hégémonie ?

C’est possible, peut-être même souhaitable. Il ne faut pas en douter, même s’il peut y avoir des baisses ponctuelles, la tendance est inévitable : les hydrocarbures sont des ressources épuisables que l’on ne pourra jamais reproduire à grande échelle. Même les hypothétiques réserves de l’Arctique en pleine fonte glaciaire ne satisferont pas les besoins grandissants des économies émergentes. Si toutefois on s’acharne à rester dans le même schéma économique…

Les solutions proposées couramment aujourd’hui par les constructeurs ne permettent pas de réellement répondre aux problèmes économiques et environnementaux posés par l’automobile dans sa conception actuelle. On propose des moteurs hydrogènes ou électriques pour les plus téméraires, hybrides ou à carburants alternatifs, voire simplement des moteurs plus sobres pour les plus timides.

Il n’y a que rarement une réflexion globale, systémique, à l’origine de ces innovations. Aucun acteur ne semble anticiper l’inévitable révolution que va vivre le secteur. Nous ne pourrons pas indéfiniment faire tourner des usines géantes pour équiper des ménages déjà suréquipés,  nous ne pourrons pas continuer à effectuer la quasi-totalité de nos déplacements avec un seul et unique moyen dont le mode énergétique appartient déjà au passé. Dont le mode d’utilisation même semble intenable.

Rien à court terme ni à long terme ne pourra remplacer dans les mêmes conditions l’automobile thermique. Que se soit son autonomie, sa facilité à produire, à approvisionner, à distribuer, ou pour l’instant, à égaler son coût.

Aujourd’hui, ce n’est plus d’ajustement dont nous avons besoin pour faire face à la triple crise économique, écologique et énergétique. C’est d’un changement radical en faveur d’une mobilité durable où l’intermodalité sera la règle. Il n’y aura pas UNE solution mais DES solutions de mobilité. Comme il n’y aura plus UNE énergie mais DES énergies.

Pourtant, nombreux sont ceux qui continuent de penser de manière unilatérale !

De la multiplicité des types de transport proviendra la réponse aux défis qu’impose le passage à un développement durable. Car maintenir notre niveau de mobilité est essentiel, au risque de retomber un siècle en arrière…

 

Après ce petit édito en faveur de l’intermodalité et de la rupture dans le monde automobile, j’aborderai progressivement des thèmes plus précis pour mes prochains articles. Si la plupart seront en rapport avec la mobilité et plus particulièrement l’automobile, mon domaine professionnel, je ne m’interdis pas toutefois d’aborder des sujets coups de cœur !

 

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AUTEUR

Pierre-Edouard Sabary

Actuellement consultant en marketing pour un grand constructeur automobile européen, j'ai obtenu un Master en management gestion et développement durable à l'ESCEM Tours-Poitiers et l'Université de Sherbrooke au Québec. Passionné par la mobilité, j'essaie de répertorier et qualifier les nouvelles solutions de mobilité durable, écologiquement, économiquement et socialement viable. Un vaste programme !

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12 commentaires
  • fabrice MAULEON

    Un sujet intéressant en perspective de rentrée. Les français sont ils prets à intégrer un critère enviro dans le choix de leur futur véhicule à l’heure de la crise économique et pétrolière…Peut être serait il intéressant de contacter une école d’ingénieur sur ces sujets :)

  • Abcmoteur

    L’électrique… peut-être. Les géants du pétrole ont déjà leurs solutions de recours, avec par exemple du pétrole de synthèse.
    Est-ce souhaitable ? Faut-il mettre un parc automobile aussi gigantesque à l’électrique avec les conséquences que cela auraient… Diversifier les carburants serait peut-être la meilleure solution.
    .-= Abcmoteur´s last blog ..Renault Espace V : des moteurs de 130 à 240 ch =-.

  • Pierre-Edouard Sabary

    Je suis tout à fait d’accord : un parc automobile de plusieurs millions de véhicules électriques seraient catastrophiques en terme environnemental. Pas forcément plus que les véhicules thermiques, mais l’intérêt est justement d’apporter une réponse globale. Diversifier les carburants est à mon avis très important dans un premier temps, mais aussi diversifier les types de transport. C’est pourquoi je dis d’ailleurs qu’il y aura « des » solutions, au pluriel. On a trop tendance à se focaliser sur une solution miracle, unique. Il n’y en aura pas cette fois… Vous me rappelez à juste titre qu’il faut que je continue mon article sur ces sujets !

  • Laurent

    Il est clair que le grand défi de l’automobile c’est de trouver, de fiabiliser une énergie autre que le pétrole pour les voitures.
    Des solutions existent comme vous le dites parfaitement dans votre post, mais comment se fait-il qu’ avec les technologies que nous possédons, les constructeurs restent fébriles quand on remplacement du tout pétrole?
    La faute peut-être aux groupes pétroliers qui dans l’ombre exercent des pressions sur les constructeurs automobiles.

  • Pierre-Edouard Sabary

    J’aurais tendance à dire la résistance au changement, bien que les lobbys pétroliers n’y soient pas étrangers eux aussi.

    Les constructeurs automobiles, comme les automobilistes ou la plupart des gens, n’envisagent pas une telle rupture systémique où il faut repenser tout le modèle économique et la mobilité en général.

    C’est plus rassurant de vendre du thermique, on sait que derrière l’après-vente assurera des revenus confortables, ou que les pays émergents nous assurent de vendre toujours plus de voitures. Dans un nouveau système, la voiture y perdrait sûrement de son importance !

    Pourtant, l’évolution est vitale, si certains ne veulent pas finir comme Kodak aujourd’hui. Le défi est double en réalité : la raréfaction inexorable du pétrole et nos surcapacités de production (thème très actuel en Europe ou aux USA, et un jour futur dans les pays émergents).

  • Véhicule utilitaire

    Article intéressant. Par contre, la multiplicité des solutions engendre un problème. S’il n’y a pas une technologie qui s’impose, le coût va rester élevé et les voitures électriques ou hybrides vont continuer à coûter bien trop cher.

  • Pierre-Edouard Sabary

    Je ne pense pas que les investissements dans les voitures « propres » (électrique, hybride ou encore hydrogène) puissent être mis en danger par l’investissement dans d’autres modes de transport. Généralement les premiers sont le fait d’investissements privés de la part des constructeurs automobiles et autres sous-traitants, tandis que dans le deuxième cas ce sont en grande majorité des investissements publics d’aménagement du territoire supportés par les collectivités, notamment en ce qui concerne les transports doux ou les transports en commun.

    Investir massivement dans une seule solution devrait en effet logiquement permettre de faire des économies d’échelle, comme pour les batteries des véhicules électriques. Mais les problèmes de mobilité font parties d’un large système complexe, où une seule solution ne pourra répondre à tous ces problèmes. Remplacer le parc roulant thermique français par un parc roulant entièrement électrique règlerait certains problèmes (pollution, dépendance énergétique, etc.). Mais ils seraient remplacés par de nouveaux : insuffisance d’alimentation en énergie électrique, quantités limitées de matières premières de production (terres rarres), congestion urbaine, capacités de recyclage… C’est pour ça qu’il faut étudier plusieurs solutions plutôt qu’une seule pour faire face aux multiples défis de la mobilité de nos jours.

  • Albin

    Ce que je ne comprends toujours pas, c’est pourquoi les gouvernements n’obligent pas la mise sur le marché de véhicules uniquement hybrides ou électriques… On sait pertinemment que le pétrole va s’écouler et qu’on pollue alors pourquoi s’acharner à en vendre. Il serait bon que les entreprises commencent à prendre des risques et ouvrent la voie du changement.

  • Pierre-Edouard Sabary

    Malheureusement, j’ai peur que la vision à court terme de nos chers dirigeants soit en contradiction avec cet impératif à long terme de lutter contre la raréfaction des ressources et le changement climatique. Que ce soit pour des raisons électorales, la pression des lobbies, la peur du changement… et la peur de prendre des risques justement !

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